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Riad Sattouf succède à Julie Doucet, Grand Prix 2022 du Festival international de la bande dessinée. Le père de Pascal Brutal ou des Cahiers d’Esther, était finaliste des votes avec la française Catherine Meurisse et l’américaine d’Alison Bechdel.
L’auteur des séries à succès L’Arabe du Futur, Les Cahiers d’EstherPascal Brutal et La vie secrète des jeunes a été élu par ses pairs Grand Prix d’Angoulême. L’annonce de ce sacre, tout à la fois très mérité et très attendu, va permettre au Festival International de la bande dessinée d’Angoulême d’ouvrir sa 50e édition sous les signes de la jeunesse (thème de prédilection de l’auteur primé), et du renouvellement (mantra du Festival d’Angoulême depuis des lustres).
En moins de deux décennies, Riad Sattouf s’est révélé comme un des plus fins observateurs des mœurs juvéniles de ce début du 21e siècle. De la fiction aux récits du réel, autobiographie comprise, l’auteur a multiplié les approches pour faire in fine l’inventaire de la culture, des us et coutumes des jeunes d’aujourd’hui.
En observant et en écoutant comment ils s’expriment et se comportent dans l’espace public (La Vie secrète des jeunes pour Charlie Hebdo), en recueillant les confidences, année après année, d’une petite fille de son entourage (Les Cahiers d’Esther pour Le Nouvel observateur*)*, ou en inventant le personnage haut en couleurs de Pascal Brutal (pour Fluide Glacial), sans doute sa plus grande réussite, qui lui a valu d’ailleurs son premier Fauve d’or (Prix du meilleur album) à Angoulême. Pascal Brutal, ou le prototype du tendre voyou des cités, bourré de testostérone, carburant au rap (de Diam’s et d’Eminem) aux joints et à la bière, tentant tant bien que mal d’échapper aux affres du système ultra-libéral. Prophétique !
Attachants, souvent drôles à leur insu, les jeunes de Riad Sattouf ne sont en revanche jamais romantiques. Sous son trait semi-réaliste ils sont plutôt cons, frustrés et moches. Très loin de la ligne claire d’Hergé, qu’il cite à chaque fois que possible comme le point de départ de sa passion pour la BD, il y a surtout du Reiser updaté dans l’univers dessiné de Riad Sattouf.
En tenant son sujet (l’âge ingrat dans toute sa splendeur) et son style (humour piquant, jamais méchant), l’auteur inspiré de Retour au collège et Le Manuel du puceau a réussi avec brio son passage au cinéma en réalisant Les Beaux Gosses, le film qui a révélé en 2009 Vincent Lacoste. Dans ce teen-movie, les beaux gosses ne le sont pas du tout, évidement, sinon ce ne serait pas drôle, et ce ne serait pas du Riad Sattouf.
Le dernières entreprises bédéistique de Riad Sattouf ont été d’une part de lancer une nouvelle série, Le Jeune Acteur, sur le comédien Vincent Lacoste, désormais via sa propre maison d’édition, Les Livres du Futur, et d’autre part d’achever sa magnifique saga autobiographie qui nous a tenu en haleine pendant près d’une décennie, L’Arabe du Futur.
Et même si le sixième et dernier tome sorti en novembre 2022 est un poil décevant, la série, elle, restera comme une des meilleures produites dans le genre de l’autobiographie dessinée. L’auteur y raconte sa propre jeunesse ballotée entre quelques bleds improbables du monde arabe et d’autres coins perdus dans la profonde Bretagne, presque tout aussi exotiques.
Avec ce grand prix Angoulême 2023, Riad Sattouf – qui a commencé sa carrière au début des années 2000 – rejoint le club des grands auteurs récompensés pour l’ensemble de leur œuvre – dont certains ont beaucoup compté pour le “jeune” lauréat de cette année : tels que Moebius (Grand Prix en 1981), Claire Bretécher (1982) et Philippe Druillet (1988).
Âgé de 44 ans, Riad Sattouf fait par ailleurs partie des rares auteurs à avoir décroché à moins de 50 ans la suprême récompense du plus important festival international de la bande-dessinées – après Enki Bilal (36 ans en 1987), Zep (37 ans en 2004) et Blutch (42 ans en 2009).
De père syrien et de mère bretonne, le lauréat français de cette année permet à un patronyme arabe de faire incidemment son entrée au panthéon d’Angoulême. Ce détail n’est qu’un détail, mais il devient savoureux quand on sait que les albums de Riad Sattouf ont été traduits en plusieurs langues sauf en arabe, et que parmi les rares détracteurs de l’auteur populaire, certains lui reprochent avec insistance de donner une “mauvaise” image des arabes – qu’ils soient de France (voyous, racailles), de Syrie (islamo-conservateurs) ou de Navarre.
Avant d’être sacré Grand Prix d’Angoulême, faut-il rappeler que le citoyen Riad Sattouf a déjà été maintes fois récompensé pour son travail remarquable, ainsi que pour ses ventes exceptionnelles et sa conduite exemplaire : Chevallier des Arts et des lettres en 2016, puis Chevalier de l’ordre national du mérite l’année d’après. À ce rythme il finira par avoir La Croix de la Légion d’Honneur avant que ses cheveux ne blanchissent.
Il n’est d’ailleurs pas inutile aujourd’hui de rappeler qu’en 2015, alors qu’il figurait en bonne place parmi les trente auteurs éligibles au Grand prix d’Angoulême, Riad Sattouf avait décliné cette nomination pour protester contre l’absence de femmes dans la liste des nommés.
Cette courageuse prise de position avait plus qu’ébranlé le Festival international de la bande-dessinée d’Angoulême qui a dû s’excuser publiquement et changer profondément sa manière de considérer les autrices. Depuis cet incident deux femmes ont été récompensés par le Grand prix : l’autrice de mangas, la japonaise Rumiko Takahashi en 2019 et la québécoise Julie Doucet, l’année dernière. Du reste, le trio de finalistes cette année comptait deux femmes, la française Catherine Meurisse (pour la troisième année consécutive) et l’américaine Alison Bechdel. Qu’elle semble loin l’année 2015 et tout le monde d’avant #MeToo…
That’s all Folks ? Presque. Presque…
La talentueux Riad Sattouf n’est pas le seul à traiter de la jeunesse contemporaine dans ses bandes dessinées, un autre dessinateur français renseigne dans un tout autre registre, sur la vie mystérieuse des millénials, sur leurs rapports au monde, aux corps, à la sexualité et aux violences de l’époque. Cet auteur s’appelle Bastien Vivès, on lui doit entre autres excellentes bandes dessinées, Dans mes yeuxLe Goût du chloreUne Sœur.
Bastien Vivès devait être présent à cette 50ème édition du Festival d’Angoulême à l’occasion d’une exposition rétrospective de son œuvre, finalement il restera chez lui, guettant quelques convocations pour aller s’expliquer devant un juge sur ses dessins taxés de “licencieux” et de “pédo-criminels” par des pétitionnaires remontés à bloc contre lui, ses livres, et sa conduite sur les réseaux sociaux.  Son exposition a été annulée face aux protestations, suscitant dans la foulée une polémique sur la liberté de création et ses limites.
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