Forte d’une carrière de plus de 20 ans et de quatre albums enregistrés, Kayna Samet revient cette fois-ci sur le devant de la scène avec un mini album, intitulé Altaïr. Rencontre avec celle qui fut l’égérie du rap français dans les années 2000, mais qui n’a pas dit son dernier mot.
On l’avait découverte en 2002 sur le fameux duo avec Booba, Destinée, inclus sur la réédition de l’album Temps mort. Écorchée vive à la voix soul, la jeune Kayna Samet débarquait dans la musique urbaine et sa proposition musicale détonait avec celle des divettes du r’n’b d’alors. Âgée de 22 ans, Kayna était l’espoir du renouveau soul. Les années ont passé, quatre albums depuis 2004, beaucoup de collaborations avec des rappeurs, un hit en 2014 avec DJ Hamida, Lartiste et Rim-K (Déconnectés) et un silence discographique de quatre ans. On l’a revue au Stade de France avec Booba en septembre dernier. Son EP Altaïr, avec des featurings signés Alonzo, Uzi, Da Uzi, Leto et Anas, marque le grand retour de la plus soul des chanteuses françaises.  
RFI Musique : Kayna, pourquoi une aussi longue absence ?
Kayna Samet : Depuis que je fais de la musique, je vois la vie comme des vagues. Parfois il y a le haut, parfois on temporise. Plein de choses ont changé. Et puis j’ai vécu ma vie, pour revenir avec d’autres choses à raconter. Il y a eu des périodes où j’ai complètement arrêté la musique, d’autres où j’ai continué, mais dans les coulisses : j’ai écrit et composé, coaché des artistes. Shy’m, Laeti, JSX, JLK… Beaucoup de lettres ! (Rires)
Vous qui avez une voix puissante, quel est votre avis sur l’usage intensif de l’Auto-tune ?
J’observe, je vois que ça crée des facilités. C’est ce qui fait aussi que les chanteuses de ma génération ont un peu disparu du paysage. Les rappeurs ont capté le côté mélodieux de la chanson, et avec l’Auto-tune ils peuvent apporter ce côté sympa qu’on avait avant avec le rap et le chant. À la radio, 95% des sons de nos musiques sont auto-tunés à différents niveaux. Moi, je l’utilise pour lier, sinon, c’est trop brut. Ça rajoute du cristal. J’ai une voix, c’est mon arme principale, mais ma musique, elle est d’aujourd’hui. Nos oreilles se calibrent avec ce qu’on écoute autour de nous toute la journée. Si on reste braqué sur son truc à l’ancienne, ça ne va pas le faire. Le secret de la longévité, c’est de s’adapter. Quand il fallait y aller façon écorchée vive avec les tripes sur la table, je l’ai fait. C’est peut-être ça qui fait qu’aujourd’hui, je suis rentrée dans le cœur des gens, que la porte est un peu entrouverte et que je me sens aimée dans les messages que je reçois sur les réseaux ou dans la rue.
Quelle a été votre démarche pour ce nouvel EP, Altaïr ?
J’avais trop de sons dans mon téléphone, et pour combler mon absence, j’avais envie de me faire plaisir. Reprendre contact avec les gens qui m’ont aimée. Aujourd’hui, en un gimmick, tu peux attraper la France entière. Je l’ai vu avec Déconnectés. Ça n’était pas prévu, comme pas mal de tubes. La musique, c’est aléatoire. Je m’installe dans le moment présent, je fais ma proposition du jour, chacun sème sa graine.
Comment vous êtes-vous retrouvée au Stade de France avec Booba ?
Ça n’était pas prévu. J’avais un peu bossé sur Ultra. On s’est reconnectés par rapport à des artistes à lui. Puis il a fait le single Kayna, qu’on a revisité ensemble pour faire Kayna Remix. Et à trois semaines du 3 septembre, on me contacte pour jouer Destinée au Stade de France. J’ai accepté, il y avait un peu d’appréhension, mais ça m’a fait un bien fou. Voir 80.000 personnes, cette énergie collective, positive, c’était comme des retrouvailles. Puissant. Booba est passionné de musique comme moi. Destinée, c’était au début de nos carrières, il a fait la sienne, j’ai fait la mienne avec des hauts et des bas. Ce morceau, c’est un peu notre identité à tous les deux. À vie.
Est-ce plus dur de vieillir dans la musique quand on est une femme ?
Oui, c’est l’apologie du jeunisme, et pourquoi ? L’art et le talent n’ont pas d’âge ! Et la jeunesse du public qui streame ne va pas me faire baisser les bras. Je suis déjà hyper heureuse de me lever le matin et d’avoir les moyens de croire en mon rêve. Le clip avec Uzi vient de sortir (Monument, ndr). Uzi m’a proposé de partager une session pour son projet. J’appelle mes équipes, on travaille sur le son, je commence à donner la direction, il me dit “Kayna, c’est impossible que tu ne poses pas”. Ça m’a fait sortir de ma casquette d’auteure toplineuse, le son était trop lourd ! J’ai posé et on a tous fini les mains en l’air en l’écoutant 15 fois d’affilée. C’est ça la magie de la musique, tous les jours une pochette surprise. Pareil avec Leto pour Quelle vie. Je suis heureuse de revenir. Avant je planais trop, je déléguais, je faisais juste le son et quand ça floppait, je rentrais chez moi à Nice, c’était nul. Là, je suis parisienne depuis dix ans, même si je retourne régulièrement à Nice. Je suis née à une autre époque, ça ne m’empêche pas d’exister aujourd’hui. Je me le suis pris dans la gueule, ça fait partie des choses qui ont été dures à entendre pour moi. “Une génération a passé Kayna, il y a les Marwa et Aya, reste chez toi tranquille avec ta fille, par contre viens dans l’équipe, on va faire pour les autres”. J’ai adoré le faire, mais ça n’est pas ça que je voulais. La grande porte était fermée, je n’avais pas la tenue correcte exigée. Mes titres m’ont donné la rage de vaincre. Je suis une femme de défi. On verra.
Ressentez-vous parfois de la nostalgie ?
Non, je ne suis nostalgique de rien, sinon de mon enfance, quand mes parents s’aimaient et qu’on se baladait sur la Promenade des Anglais. Je suis dans le présent. C’est déjà miraculeux d’être là. J’ai travaillé pour, mais je suis tellement tombée dans le down que je me suis dit “Finito la musique”. Je me sens survivante. Booba m’a beaucoup boostée et soutenue. Et j’aime ma vie, je me suis réconciliée avec moi-même.
Kayna Samet Altaïr part 1 (Believe) 2022
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