Classique, jazz, pop, rock, electro, chanson… A la rédaction nous avons écouté des heures de musique. Mais que retenons-nous ?
Mon année auditive 2022 a oscillé entre d’énormes plaisirs coupables (le refrain de « Decresendo » de Lompelal en boucle ! ) et des obsessions aux antipodes du champs musical. J’ai, comme en 2021,  beaucoup écouté le collectif SAULT et notamment le gospel, hip hop et soul 11 qui est sorti le mois dernier. Ces derniers mois, j’ai adoré chanter les textes vulgaires jusque ce qu’il faut de Mr Giscard. J’ai été transportée par la Métamorphose de Vendredi sur mer et j’ai plongé tête la première dans son « Lac ». Dans le champs pop-électronique-blues, Blablabue de Delv!s a été ma bande son de tout l’été. En écrivant ces quelques lignes, j’ai réalisé que le projet de High Ku (Chinese Man) et Supa-Jay (Scratch Bandits Crew), Bold, était sorti également en 2022.  Ni electro, ni hip hop, l’album est un voyage hybride envoûtant. En parlant d »envoûtement d’ailleurs, j’espère fort que Mauvais oeil, dont l’EP Mektoub est sorti en plein Covid reviendra bientot!

Je pourrais facilement parler de mes artistes préférés, qui ont tous sortis des albums cette année, tels que Kendrick Lamar avec son Mr. Morale and the Big Steppers et The Weeknd avec son Dawn FM. Pourtant, je souhaite ici parler d’un album de rap français : Moussa, de Prince Waly. Sur ce projet personnel, le rappeur français évoque les combats de sa vie, et notamment un cancer qu’il a dû combattre ses dernières années, avec un flow inimitable où sa voix grave fait aussi bien signe de terreur que d’émotion. Sur le projet, on peut retrouver notamment Ali, figure incontournable du groupe Lunatic avec Booba, ainsi que des artistes de la scène émergeante tels que Makala et Enchantée Julia, avec également la présence de Feu Chatterton! et de Jazzy Bazz. Un projet détonnant qui redonne ses lettres de noblesses à un rap old school bercé par le boom bap du Mauvais Oeil de Lunatic.
Le printemps 2022 fut un moment merveilleux pour la musique « indie ». Rien qu’au printemps, nous avons eu la chance d’avoir trois albums fantastiques. D’abord l’album de The Smile, nouveau projet du chanteur de Radiohead, A Light for Attracting Attention. Sur cet album Thom Yorke continue de se réinventer musicalement tout en prouvant qu’il reste un parolier inimitable. Toujours dans le même style, musique ambient et electronique, le groupe canadien Destroyer a frappé fort avec Labyrinthitis, mon album de l’année. Plus qu’un chanteur, Dan Bejar est un véritable poète et sa créativité musicale est sans limites. Il peut tout aussi bien dire : « No matter when/Don’t matter where/ You’re gonna suffer » ou bien : « I piss on the floorboards, the whole world’s a stage », on l’écoute de toute façon. Presque aussi bien, le projet Get Well Soon du chanteur allemand Konstantin Gropper a donné naissance à Amen, un album particulièrement inspiré, quasiment un concept album. Get Well Soon s’affirme comme une véritable machine à refrains entraînants. De quoi faire un vent d’air frais au milieu de cette année des come-backs des 80’s et des 90’s qui a déja commencé avec Soft Cell, Suede, les Pixies et The House of Love et qui se poursuivra en 2023 avec Depeche Mode et peut-être même les Cure et Morrissey.
Une sélection 2022 en deux temps, les Rééditions et Compilations d’un côté et les albums de l’autre.
En premier lieu, la compilation des cassettes retrouvées dans le home studio de Charles Stepney. Une claque tant historique que musicale de la part de cette légende de l’ombre, génie de la black music, mort en 1976 à l’âge de 45 ans. Membre de Earth, Wind & Fire, il a également produit et composé pour des dizaines d’artistes tels que Minnie Ripperton, Terry Callier ou Ramsey Lewis. Considéré comme l’homme qui a forgé le son soul de Chicago de la fin des années 60, il avait installé un studio dans la cave de sa maison familial. Un fait rare pour l’époque surtout lorsqu’on sait que la qualité sonore y était proche de celle des maisons de radio. Sur certains enregistrements, on a même la chance d’entendre ses bruits de pas ou de toussotements donnant une intimité et un charme fou à des chansons absolument géniales. Avec sa boîte à rythme des années 60 et un des premiers MiniMoog de l’histoire, ils enchaînent les maquettes dont certaines des mélodies se retrouveront arrangées par le groupe Earth, Wind & Fire. 
En cette année 2022, le célèbre Disc-Jokey du Palace Guy Cuevas est revenu en force avec une compilation en collaboration avec Libreville Records et un livre retraçant sa vie et sa carrière de musicien. Devenu aveugle en 1994, l’artiste cubain a sorti en juin dernier un mélange de titres phares, d’inédits et de remix. Si en tant qu’acteur majeur des années disco parisiennes il jouait avec justesse les chansons des grands artistes de ce mouvement, il prit un certain écart dans ses productions musicales avec un son à tendance plus exotique et expérimentale. Une superbe occasion pour découvrir un travail resté principalement dans l’ombre de sa personnalité fantasque de show man de la nuit.
Parmi les nombreuses rééditions du label Habibi Funk cette année, l’une d’entre elle n’est pas passée inaperçu.  L’album du groupe libanais Ferkat Al Ard est l’un des plus convoités par les collectionneurs de disques. Sorti en 1978, Oghenya fait partie de ses trésors cachés du monde arabe. Un voyage entre jazz, folk et style brésilien, le tout dans un arrangement oriental orchestré par le maestro Ziad Rahbani (Également producteur sur l’album de Fairuz, Kifak Inta, réédité également cette année chez Wewantsounds). Des instrumentaux construits dans l’archétype des plus grands albums de Arthur Verocai qui se mêlent à la voix poétique et enchanteresse d’Issam Hajali. Un petit bijou libanais à découvrir de ce pas !
Si l’album susnommé de Kendrick Lamar fait parti des grosses sorties du côté des majors, Mahal de Toro Y Moi est pour moi la sortie populaire indé de 2022. Une hybridité tout en équilibre qui mélange bruitages, insertions d’extraits sonores et effets diverses et variés. Une pop-soul psyché qui n’oublie jamais ses racines. Porté par Chaz Bear, le californien continue de conquérir la scène pop et on lui souhaite de continuer ainsi ! 
Enorme coup de coeur pour le groupe Hermanos Gutiérrez ! Alejandro et Estevan Gutiérrez, frères et guitaristes, sont originaires de suisse mais plongent leur musique dans les racines équatoriennes de leur maman. El Bueno Y El Malo nous fait voyager à travers le désert latin en établissant une véritable musique-paysage. Les mots d’Estevan expriment tout ça d’eux-mêmes : « Quand Alejandro et moi jouons ensemble, c’est comme si nous conduisions une voiture, comme si nous faisions un road trip. Parfois, nous traversons un désert, parfois, nous voyageons le long de la côte. Mais toujours nous sommes dans la nature, et nous voyons les plus beaux paysages, les levers et couchers de soleil. » Harmonies, mélodies et rythmes trouvent un équilibre naturel, si ce n’est fraternel, entre deux âmes complices. À déguster sur la route 66 ou la nationale 7 !
Enfin un album un peu hors du temps, Light Years Away  de Ronald Langestraat. Originaire d’Amsterdam, il avait fait sensation en 2019 après que le label South of North avait décidé d’éditer pour la première fois son travail. Un album entièrement enregistré dans sa chambre en 1984 avec un 4 pistes dont personne n’avait entendu parler. Le grésillement et la voix faiblarde de Ronald apporte tout son charme à sa musique « Space jazz » qui oscille entre soul 70’s, groove salsa et jazz aux sonorités funk à tendance électroniques. Moog, piano acoustique et électrique, orgue, clarinette, saxophone, batterie, il joue de tout et bien. Si ses deux premiers albums récemment édités datent de 1984, le dernier a été enregistré ces dernières années avec l’aide de son label. À 81 ans, l’Amstellodamois continue de déballer tout son génie musical pour réaliser un album toujours stellaire et hors du temps.  
Découverte et hors catégorie : 
Le jeune rappeur et producteur Yorke (à ne pas confondre avec Thom Yorke) est la petite pépite à suivre ces prochaines années. Une sorte de Tyler, The Creator à la sauce UK  qui développe un rap hybride et autoproduit. S’il n’a pas de label, ni de BandCamp et à peine 900 abonnés sur Instagram, je doute que son avenir ne soit pas radieux. Foncez pour l’écouter comme ça vous pourrez dire que vous étiez là depuis ses débuts !
Pour finir ma sélection 2022, j’inscris le groupe anglais Sault en hors catégorie. En sortant six albums plus gigantesques les uns que les autres rien qu’en 2022, comment ne pas dire que ce groupe survole complètement sur l’industrie musicale. Gospel, Musique Contemporaine, Soul-Funk, R&B, Rock, Reggae, le producteur Inflo, alias Dean Josiah Cover, est capable de tout ça en même temps. Surnommé « le petit Quincy Jones » il y a quelques années, il est, sans aucun doute, toujours sur le chemin pour devenir aussi génial que « Q ». S’il ne dévoile jamais les musiciens qui participent à ses albums, on sait que Little Simz, Cleo Sol, Adele et Kid Sister sont presque toujours présentes puisqu’il produit en grande partie leurs albums solo. 
Le multi-instrumentiste est un génie de la production et de la composition qui ne se met jamais sous le feu des projecteurs. Retenez donc son nom car vous ne verrez jamais son visage !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Votre adresse email ne sera pas publiée.
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *





Toute La Culture : Comment choisir ?
Toute La Culture est un magazine d’information pluridisciplinaire et national. Il regarde notre societé par les yeux des tendances et de la culture. Fondé en 2009, il est reconnu comme journal en 2012 puis d’ Information Politique et Générale (IPG), en 2017
L’objectif de Toute La Culture est véritablement de parler de TOUTE la culture : un film d’animation d’Europe de l’Est comme blockbuster américain à énorme budget, un récital lyrique comme un nouvel album de rap, la beauté et les tendances sont abordées d’un angle culturel et même les sorties en boîte de nuit et les nouveaux lieux à la mode sont dans nos pages. Enfin, les questions politiques d’actualités sont au coeur de nos articles : covid, #metoo, mémoire, histoire, justice, liberté, identité sont au cœur de nos réflexions à partir des spectacles et œuvres que nous voyons comme critiques. Non seulement nos rédacteurs se proposent être vos guides et de vous aider à choisir dans une offre culturelle large, à Paris, en France, en Europe, mais c’est parce que Toute la Culture brasse large que, dans ses quinze articles quotidiens, le magazine doit avoir un point de vue arrêté sur l’actualité. Et ce point de vue part du principe que l’angle culturel offre une grille de lecture unique et précieuse sur le monde dans lequel nous vivons.
Soyez libres… Cultivez-vous !

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You May Also Like
Non classé

Les chiffres de ventes incroyables de l'album "Dans la légende" de PNL en 2022 ! – Rapunchline

–PNL est le seul groupe de rap français à avoir décroché un…

Voici les albums de rap français les plus vendus en 2022 – Hip Hop Corner

–Après avoir amorcé le dernier virage de l’année 2022, Ventes Rap a…
Non classé

Gazo est “prêt” à révolutionner le rap français avec son nouvel album – Hip Hop Corner

Teasé depuis des semaines, le nouvel album tant attendu de Gazo est…

Été 2022 : le rap français toujours en tête du classement sur les plateformes de streaming – Hip Hop Corner

–Les géants du streaming ont rendu publics, les résultats des titres les…